Histoire du village

Le village de Pessan, bâti sur une colline, s’est développé autour de l’abbaye bénédictine, sur la rive droite de l’Arçon. On ignore l’origine de son nom, mais sans doute a-t-il été formé par l’adjonction à un nom propre (Pecius ?) du suffixe –an, qu’on retrouve dans Seissan, Sansan, Orbessan etc. (fundus Pessanus : le domaine de Pecius). Village ecclésiastique, Pessan n’a pas d’armoiries, mais la commune a conservé le sceau de l’abbaye qui montre l’archange St-Michel terrassant le dragon.
Un quatrain orgueilleux, écrit en gascon, prétend que Pessan est aussi vieux que l’Eglise de Rome (…astant ancien que le Siegé de Roumo)…En fait, le site a été occupé bien avant la naissance de Rome, au néolithique, si l’on en juge par les outils de silex, lames et haches, découverts au lieu- dit le Dauphin. Des débris de poterie et de tuiles datant de l’époque gallo-romaine ont été également découverts dans quelques sites de la commune. Mais quelques siécles plus tard, l’histoire du village se confond avec celle de l’abbaye.

L’abbaye
L’abbaye St-Michel de Pessan fut créée avant le VIIIe siècle, par des moines de l’ordre de St- Benoît, venus peut-être de Saint-Gaudens. Ces moines par la suite restèrent dans « la stricte obédience » ou dans « l’ancienne observance » (antiquioris observantiae), n’adhérant ni à la réforme de Cluny ni à celle de Cîteaux. C’est une abbaye très ancienne puisqu’en 817,au concile d’Aix-la-Chapelle, il fut décrété qu’elle serait dispensée du paiement de l’impôt.
A l’entrée de l’église, à gauche, près du bénitier, figure la liste de ses « filles », c’est-à-dire des monastères qu’elle avait créés : l’abbaye de Sordes dans le diocèse de d’Acqs (Dax), les prieurés de Bassoues et de Castets dans le diocèse d’Auch, les prieurés d’Aulon et St-Béat dans le diocèse du Comminges et le prieuré de Damarag dans le diocèse de Clermont, en Auvergne.

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Sceau de la Collégiale  (photo : F.A.)
Détruite par les Sarrasins vers 725, relevée par Charlemagne, ravagée encore par les Normands au IXe siècle, et relevée cette fois par les comtes d’Astarac, elle connut encore d’autres déboires : en 1250 un incendie détruisit l’église et l’abbaye, mais deux ans plus tard, deux ans seulement, elle put être consacrée par l’archevêque Hyspan de Massas. De cette époque un vestige intéressant peut être observé à la mairie. Il s’agit d’une petite plaque de marbre avec une inscription, datée avec précision du 4 juin 1304 qui signale le décès du prieur de l’abbaye, nommé Guillaume de Sarraut.
En 1473 l’abbaye tomba en commende, c’est-à-dire qu’elle fut donnée à des abbés qui se contentaient d’en toucher les bénéfices, sans y mettre jamais les pieds.

Plus tard, en 1748, à la demande des moines qui la réclamaient depuis longtemps, elle fut sécularisée. Comme en effet les bâtiments tombaient en ruines et que le cloître servait de cimetière communal, les religieux logeaient dans le village et n’avaient plus de vie communautaire… En 1748 donc, les moines cédèrent la place à un chapitre de douze chanoines (mais l’abbé commendataire perdura jusqu’à la Révolution).

Vendue comme bien national en 1798 pour 110 100 francs, l’abbaye fut rasée et ses matériaux revendus. Le terrain sur lequel elle s’élevait fut racheté une première fois en 1812, puis en 1873 par l’abbé Gabent, curé de la paroisse, qui construisit la chapelle St-Joseph, contiguë à l’église pour la consolider. Auteur d’une Monographie de Pessan, (riche mais assez peu objective), il s’employa à sauver de l’église ce qui pouvait l’être et lui donna son aspect d’aujourd’hui, en déplaçant par exemple une partie des stalles de la tribune au chevet.

Le XXe siècle

La Grande Guerre coûta la vie à 27 Pessanais – ce qui contribua évidemment au mouvement de dépopulation qui s’amorçait. Le souvenir de ces soldats est rappelé en deux endroits, le Monument aux Morts et l’église, où une plaque de marbre surmontée d’un fronton et de deux colonnes, porte les noms des tués écrits en lettres dorées. De part et d’autre de celle-ci, sur deux autres plaques, on peut voir leurs photos. Mais le tableau est incomplet car il manque sept noms.

Le Monument aux Morts, érigé au centre du village, fut inauguré le 20 mai 1923 en présence du Préfet. Il est également incomplet puiqu’il ne compte que vingt-cinq noms.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le nom d’Auguste Sempé, maire de Pessan, reste lié à la Résistance dans le Gers. Membre du mouvement « Combat », il reçut et cacha dans sa ferme du Basté plusieurs résistants ou clandestins et aussi, en 1944, Ernest Vila, chef de la Résistance dans le Gers.

Le 15 octobre 1989, une plaque commémorative fut dévoilée à la Trouquette par M. Méric, Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants : « En ce lieu le 8 août 1944 dans la clandestinité, sous la présidence d’Ernest Vila le Comité Départemental de Libération du Gers a tenu sa première réunion, pour préparer l’installation des nouveaux pouvoirs à la Libération ».

En 1943, le maire eut aussi à célébrer dans la clandestinité le mariage du général Pierre de Bénouville, un des hauts responsables de la Résistance, avec Georgette Thimonnier (le marié raconta lui-même la scène dans un livre publié en 1945, Le sacrifice du matin). Le mariage fut célébré non pas à la mairie, mais au Basté, le 22 juin, soit le lendemain de l’arrestation à Caluire de Jean Moulin, que le général avait d’ailleurs rencontré. Vu les circonstances, les mariés n’eurent pas à fournir leurs extraits de naissance, l’un étant né à Amsterdam, l’autre à Riga, en Lettonie…

Monuments, objets d’art

Le village au Moyen Age avait deux portes fortifiées : la porte « du dessus », près de l’ancienne salle des fêtes qui a disparu, et celle « d’en bas » (porto de bach). Près de cette « porte d’en bas », des cartes postales anciennes montrent une mare, vestige peut-être de fossés anciens, qui a été comblée pour devenir terrain de pétanque.

 

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Elle date probablement du XIIIe siècle. Elle mesure 12 mètres environ de hauteur, 6, 50 m de profondeur et 5, 20 m de large. Elle comprend trois niveaux, le deuxième et le troisième ayant été remaniés, ce qui apparaissait d’une façon plus évidente avant que la tour ne fût restaurée, en 1994. Elle est inscrite à l’Inventaire des Monuments Historiques depuis le 21 février 1973.

 

 

 

 

 

 

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Quant à l’église, qui est classée Monument Historique dans sa totalité depuis le 1er mars 1960, elle possède des curiosités remarquables, classées OMC (objets mobiliers classés parmi les Monuments Historiques) ou ISMH (inscrites à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques).

Parmi les OMC : une Vierge de Pitié du XVIe en bois doré, trois lustres de bois doré  datant de la fin du XVIIIe, récemment restaurés et les stalles de bois sculpté du XVIe siècle.

 

Sont classés ISMH : l’autel du chœur en terre cuite polychrome et pierre, de la fin du XIXe siècle ; et toutes les toiles parmi lesquelles les quatre grands tableaux qui décorent la nef, l’ Annonciation, la Visitation, le Lavement des pieds et les Disciples d’Emmaüs. Ils seraient attribués à Jean-Baptiste Smets (1712-1783), fils de Jacques, peintre belge né à Malines à la fin du XVIIe siècle et qui se fixa à Auch.

Par ailleurs, la commune compte plusieurs châteaux : La Rochette, Salleneuve, Lartigolle et La Trouquette, ce dernier ravagé par un incendie en  en 1946.

Hervé Alvado

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