Les stalles

Les stalles de l’abbatiale St Michel de Pessan : Renaissance ou Moyen-Age ? 

Les éléments suivants sont extraits de la publication de Pierre Seillan sur ce sujet en 2017 . Le dossier photos sur ce même site donne un aperçu de ce mobilier.

L’abbaye bénédictine de Pessan dans le Gers, fondée avant l’invasion des Sarrasins en 724 dont elle eut à souffrir, sera sécularisée en 1748 après plus d’un millénaire d’existence. Le seul mobilier encore visible aujourd’hui ayant appartenu à cette communauté monastique est un ensemble de stalles portant de nombreux stigmates de son histoire mouvementée. Il témoigne de la taille de la communauté qui, à Pessan, n’a jamais dépassé la quinzaine de moines de choeur. Leur nombre fut définitivement fixé en 1320 et compris entre 12 et 14 moines.

C’est l’observation de cet ensemble « classé à l’inventaire comme mobilier de la Renaissance » qui a fait naître l’interrogation à laquelle nous allons essayer de répondre : « Renaissance ou Moyen Âge ? ».

Un premier constat s’impose, les stalles de l’ancienne abbatiale Saint-Michel de Pessan se trouvent aujourd’hui scindées en deux ensembles distincts, l’un de 18 stalles placées dans le choeur, l’autre de 13 stalles placées sur une tribune au fond de la nef. Ces deux ensembles étaient jusqu’en 1872 réunis à la tribune, alors profonde de 8m, et qui occupait plus du tiers de la longueur de la nef à laquelle elle était reliée par deux escaliers latéraux. Elle fut considérablement réduite après le transfert d’une moitié des stalles dans le choeur effectué en 1876, et l’élimination de 5 stalles jugées trop délabrées, dont la stalle abbatiale.

Cette transformation est due à l’initiative de l’abbé Paul Gabent, curé de Pessan de 1868 à 1907, qui souhaite replacer les stalles à « la place qui était la leur ». Il ne reconstitue pas un jubé mais va faire redescendre deux groupes de 9 stalles qu’il va faire disposer de part et d’autre du maître-autel.

Il indique dans l’ouvrage cité plus haut que l’ensemble parvenu jusqu’en 1872 comprenait 36 stalles. Elles étaient disposées sur deux rangs en U ouvert vers le choeur. Entre les stalles basses, sur chacun des côtés, des entrées permettaient d’accéder aux stalles hautes. La stalle abbatiale se trouvait alors au centre dans l’axe de la nef.

L’installation de stalles en tribune fut assez répandue à partir de la Renaissance et du temps du concile de Trente (1545-1563) qui avait voulu l’ouverture des choeurs. D’autres cas sont répertoriés dans le Gers, le plus proche étant celui de l’église abbatiale de Simorre.

L’avantage de ces tribunes était d’offrir à la communauté monastique, comme aux fidèles, une vue du maître-autel facilitant ainsi la participation de chacun aux offices. Elles garantissaient un meilleur respect de la clôture par les laïcs, et de surcroît offraient, grâce aux portes percées latéralement de part et d’autre, un accès de plain-pied au dortoir se trouvant au dessus du cloître pour les moines, et un accès au logis abbatial appuyé au mur nord de la nef pour le père abbé. Ceci simplifiait le quotidien, notamment pour participer aux offices de nuit.

Nous sommes, à Pessan, face à des stalles disposées sur une tribune conformément à un usage de la Renaissance mais n’avons aucune indication précisant qu’elles aient été spécifiquement construites pour cette tribune.

Les stalles, dont la forme générale et les dimensions sont fixées très tôt pour les communautés monastiques, se distinguent par les motifs utilisés pour les ornementer. C’est ainsi qu’on peut observer des sculptures ou des bas-reliefs principalement sur les jouées et les rampants, sur les appuis-main et sur les miséricordes.

La description détaillée des 31 stalles restantes est donnée dans l’étude « L’abbaye Saint-Michel de Pessan. Les stalles : Renaissance ou Moyen Âge ?  ». Nous n’en reprendrons ici que les principales observations. 

En premier lieu considérons les miséricordes.

Cette petite console fixée ou intégrée sous la tablette mobile servant de siège est manifestement celle qui a le plus souffert ou qui a été remplacée. Un petit nombre d’entre-elles porte un écusson ou un blason, le plus souvent rendu illisible à la Révolution. Deux blasons restent cependant identifiables, celui portant les armes du cardinal de Saint-Denis et celui des Laroquan.

Jean Bilhères de Lagraulas, cardinal de Saint-Denis, fut le premier abbé commendataire de Pessan en 1473 et les Larroquan sont à quatre occasions abbé de Pessan au XVIe siècle.

Nous trouverons quatre blasons sur les parties basses des jouées parmi lesquels on peut encore distinguer les armes de trois pères abbés reconnaissables au fait que chacun des blasons est posé sur la hampe d’une crosse à crochet tournée vers l’intérieur posée en pal.

Les miséricordes ne donnent pas d’indications antérieures à la Renaissance.

Observons les parcloses et plus spécifiquement les appuis-main.

Parmi les quarante appuis-main existants, seuls une trentaine sont encore identifiables. Les deux tiers des sculptures représentent des animaux : essentiellement lions, dragons, chiens et singes. Le tiers restant représente des personnages : hommes ou femmes nus, moines priants ou bourgeois portant une offrande, « acrobates ».

Les sculptures très réalistes sont manifestement l’oeuvre d’artisans locaux qui marquent les détails à la gouge creuse donnant parfois à leur travail l’aspect de la sculpture « à copeaux ». Les nombreuses mutilations ou destructions subies ne masquent pas l’absence générale de recherche artistique.

Les motifs choisis sont particulièrement prisés par les abbayes au Moyen Âge. En effet, « au XIIIe siècle, toute abbaye abritait au moins un bestiaire et une encyclopédie » comme le décrit Michel Pastoureau. Ce type de figuration sera progressivement abandonné pour la représentation de scènes plus élaborées de l’Ancien ou du Nouveau testament.

Les sculptures et les bas-reliefs des jouées.

Ils présentent dans la plupart des cas un travail plus soigné, notamment pour les jouées hautes, avec ouverture en ogive avec deux meneaux et un réseau sur toute la partie à claire-voie surmonté d’un pinacle couronné d’un fleuron. Les blasons dans les parties basses ont été décrits précédemment.

A ce stade de la description, une particularité est à mentionner : la présence d’orifices percés dans la masse des accotoirs des stalles basses. Ils servaient à ficher un cierge ou permettaient l’installation de lutrins. Ce dispositif disparaîtra progressivement à la fin du Moyen Âge pour être remplacé par un lutrin central.

Ces premières observations laissent un sentiment mélangé. Nous avons des éléments clairement attribuables à la période de la Renaissance mais également une inspiration générale des sculptures très antérieure. L’absence de représentations évoquant l’Ancien et le Nouveau testament, scènes si fréquentes au XVIe siècle, contribue à se poser la question : comment peut-on construire à la Renaissance un ensemble de stalles qui semble aussi anachronique, à 8km de distance du chantier des huchiers de la cathédrale d’Auch, et à 20km de celui de Simorre, abbaye bénédictine de primitive obédience qui se dote, grâce à la générosité de Jean Marre (1436-1521), ancien moine de Simorre, vicaire général de l’archevêché d’Auch et futur évêque de Condom, d’un ensemble de stalles en tribune totalement dans l’esprit Renaissance ?

La symbolique des sculptures peut-elle nous donner quelques indications ?

Pour aborder cette partie il nous faut considérer à la suite de Michel Pastoureau, que « l’imaginaire fait toujours partie de la réalité » et que « nos savoirs actuels ne sont pas des vérités mais seulement des étapes. » 

Comme nous l’avons vu, les bestiaires ont été à Pessan source d’inspiration pour plus de la moitié des sculptures des appuis-mains. Cette forte proportion oblige à donner la signification symbolique la plus courante attachée à ces représentations.

Les dragons : ils sont les plus représentés parmi l’ensemble des sculptures restées parfaitement identifiables. Ils sont ici aptère, n’ont que deux pattes et une très longue queue.

« Le dragon c’est le diable. Toute victoire sur un dragon est une victoire du bien sur le mal. Il n’existe aucun dragon pris en bonne part dans l’histoire médiévale européenne… Vaincre un dragon est un exploit que seuls les plus grands saints ( Michel, Georges,…) peuvent accomplir. » Si nos « petits diables » ont de très bonnes têtes, ils portent cependant un message simple. Le fait d’avoir une tête de singe, ou une tête de chien, ne fait que le renforcer. Nous verrons plus tard le symbolisme particulier attaché à ces deux animaux.

Un appui-main porte la sculpture d’un dragon la tête tournée à 180°. Il symbolise l’inversion et le fait que l’inversion est diabolique.

Nous retrouvons dans les stalles de Simorre le même appui-main représenté de manière plus symbolique ce qui le rend encore plus difficile à identifier.

Les lions : ils sont ici chez eux. Ils peuvent être présentés dressés ou couchés.

« Au point de vue symbolique, il s’agit d’un animal ambivalent : il y a un bon et un mauvais lion. Sous l’influence des bestiaires du Moyen Âge, le lion est investi d’une importante dimension christologique, et chacune de ses « propriétés » et de ses « merveilles » est mise en relation avec le Christ… (le lion qui dort les yeux ouverts, c’est le Christ dans son tombeau : sa forme humaine dort, mais sa nature divine veille.) » .

C’est cette dimension qui sera retenue par l’Eglise. C’est donc le bon lion qui est le plus probablement représenté ici.

Le singe : « il est considéré au Moyen Âge comme le plus laid des êtres vivants : son visage est grimaçant, son nez aplati, sa peau horriblement plissée, son aspect difforme… Le singe ne ressemble pas à l’homme par nature, mais par artifice… Ce faisant il apparaît comme démoniaque puisqu’il triche et qu’il trompe. Il est l’image du diable qui cherche constamment à singer Dieu.»

Ici le singe est représenté tel quel ou avec un corps de dragon ce qui renforce encore la symbolique diabolique du dragon. Le diable est faux.

Le chien : « Tous les textes dénoncent les vices du chien. Il symbolise l’homme pêcheur qui a confessé ses péchés puis retombe dans ses fautes avant d’en commettre de plus graves. C’est également une bête vorace et concupiscente… Son image symbolique va s’améliorer au cours du Moyen Âge  pour mettre l’accent sur ses qualités (intelligence, vaillance, et surtout fidélité). »

A noter qu’hormis deux représentations relativement neutres de chien, les autres représentations, soit sous la forme de cynocéphales, soit sous la forme de dragons à tête de chien, restent peu engageantes et typiques du symbolisme ancien.

Il faut s’arrêter un instant pour considérer deux appuis-main ornés de cynocéphales « tirant sur leurs commissures ». Cette symbolique était couramment utilisée sur les sculptures portées par les « modillons romans ». Il s’agit d’une évocation directe du mensonge, de l’importance de la parole. Mais les « tireurs de langue ou des commissures », symbolisaient également les péchés de la chair (luxure et exhibitionnisme).

Ces représentations, à l’époque romane, sont invariablement dans le voisinage des modillons d’exhibitionnistes ou de luxurieux.

A côté des représentations animales, nous trouvons en plus petit nombre des appuis-main représentant des personnages. Ces personnages sont tous défigurés à l’exception notable d’un moine coiffé d’un bonnet carré et « tirant sur ses commissures » qui n’a perdu que son nez et l’avant-bras droit. Ces appuis-main transmettent tous un message simple et encore compréhensible aujourd’hui.

On peut observer des moines priant les mains jointes ou lisant un livre exhortant à la prière, des hommes ou des femmes nues dans une position implorante, un moine tirant de ses mains sur les commissure de ses lèvres dont la symbolique a déjà été évoquée, des acrobates .

Tous ces appuis-main sont autant d’exhortations à résister à la tentation et au péché, autant  d’encouragements à la conversion et à la prière. Il s’agit par symbole interposé d’une invitation répétée à la conversion intérieure.

Ces observations obligent à constater la place prépondérante (près de la moitié des appuis-mains identifiables) accordée aux représentations symboliques des péchés capitaux dont la liste a été fixée par l’Eglise en 1215 pour inciter à les confesser. Ces mêmes représentations étaient déjà observables sur les modillons romans, parfois impudiques. Leur symbolique est aujourd’hui en partie tombée dans l’oubli rendant les sculptures  souvent indéchiffrables.

La représentation incomplète des péchés capitaux constatée ici n’est pas l’expression d’un choix délibéré des moines mais la conséquence de destructions ciblées à une époque plus pudibonde que l’on peut situer avec l’arrivée de la Réforme et des guerres de religion. Il n’était plus convenable de présenter de manière aussi réaliste et crue l’avarice ou l’exhibitionniste annal par exemple.

Dès lors, si l’on s’en tient pour la datation à la symbolique, nous sommes au Moyen Âge et par conséquent, si les stalles sont de cette époque, elles auraient été déplacées à la Renaissance sur une tribune construite sur mesure.

Comme nous l’avons évoqué plus haut, une possibilité de comparaison nous est offerte par l’abbaye de Simorre qui fait construire à la toute fin du XVe siècle une tribune pour accueillir de nouvelles stalles au fond de la nef. Cette comparaison ne peut commencer sans un rappel des liens existants entre les abbayes bénédictines de l’Astarac et plus spécifiquement ceux existants entre Pessan et Simorre.

Ces deux abbayes, fondées avant l’invasion des Sarrasins de 724, restées de primitive  obédience, ayant pour protecteurs durant des siècles les comtes d’Astarac, ayant servi de nécropole à plusieurs d’entre eux, ayant échangé des pères abbés et des moines dès avant le XIIe siècle mais également des terres, ayant fourni des vicaires généraux à l’archidiocèse d’Auch, ayant supporté les fortunes de l’histoire et les rigueurs du temps selon le même tempo, ayant brûlé  (1141 Simorre, 1250 Pessan), ayant été reconstruites (1252 Pessan, 1292 Simorre) en suivant les mêmes inspirations, parfois par les mêmes architectes et artisans, ayant des communautés de taille comparable,… ces deux abbayes sont étroitement liées.

Les nouvelles stalles de Simorre diffèrent de celles de Pessan en de nombreux points. Nous ne retiendrons que les principaux : un allègement général de toute la structure par réduction de l’épaisseur des bois et diminution des dimensions des stalles (1/3 du poids estimé en moins), une très grande homogénéité du travail, une ornementation soignée incluant un nombre important de scènes de l’Ancien et du Nouveau testament, l’absence d’orifice dans les accotoirs, aucun motif doublé.

Ces stalles, créées pour être au fond de la nef sur une tribune, portent des sculptures d’appui-main toutes orientées vers l’autel et non vers l’axe central de la nef. Les deux-tiers des personnages apparaissent dès lors de profil. Lors du déplacement dans le choeur, l’ordre des parcloses a été changé conduisant les appuis-main soit à se faire face, soit à se tourner le dos. Les péchés capitaux ne sont à Simorre plus représentés que de manière anecdotique.

Il s’agit d’un ensemble créé spécifiquement pour une tribune.

Ceci conduit à une conclusion partielle : l’imposante tribune de Pessan, qui occupait encore en 1872 le tiers de la nef, a été construite pour des stalles déjà existantes car il n’est plus possible de penser que ces lourdes stalles ornées de motifs aussi anachroniques aient pu être construites pour être placées en tribune à la Renaissance. L’observation des charpentes de support comme celui des accotoirs confirme les multiples modifications dont ils ont été l’objet à chaque mouvement, et renforce encore cette conclusion.

En l’absence de documents attestant ces travaux, les murs en portent la trace. Nous savons que ce choix architectural est une conséquence de l’ouverture des choeurs passant par la destruction des jubés voulue par le concile de Trente, et plus généralement par la Renaissance.

L’observation des façades extérieures permet de constater une réduction de la longueur de la nef romane du XIIIe siècle, la création d’un puissant mur ouest permettant de modifier l’accès à la nef qui se faisait auparavant par un grand porche au nord  et qui va être maintenant possible grâce à une porte centrale sous la tribune. Ce nouveau mur va supporter une partie du poids de la tribune et être percé dans sa partie supérieure d’une grande ouverture ogivale disposée juste au-dessus du dais des stalles hautes pour y apporter la lumière. Cette ouverture, exposée plein ouest, sera obturée en 1896 et remplacée par deux rosaces, l’une au nord et l’autre au sud.

Cette modification, importante de l’architecture générale avec raccourcissement de la nef et changement radical des déambulations dans l’abbatiale demande un changement de mentalité, une période calme et quelques moyens. La dernière condition est délicate à remplir depuis le passage en commende de 1473, à moins d’avoir comme abbé commendataire un abbé ayant un fort attachement local et une longévité suffisante dans sa fonction.

Toutes ces conditions vont être remplies avec Jean IV de La Rocan, père abbé de 1514 à 1534. Homme de la Renaissance, il est en effet le seul père abbé commendataire de Pessan ayant voulu recevoir la bénédiction abbatiale comme un abbé régulier, il appartient à une famille disposant d’une forte et ancienne implantation locale. Sa communauté, pas plus que lui-même ne peut ignorer le changement intervenu à Simorre, enfin, il a cinquante ans à sa prise de fonction et va avoir vingt ans pour réaliser ces travaux.

Avec raison nous pouvons avancer que Jean IV de La Rocan est celui qui aurait fait construire la tribune et y aurait fait installer un ensemble de stalles déjà existant d’inspiration médiévale.

Nous allons pouvoir enfin prendre en compte une des observations les plus étonnantes faite sur l’ensemble des stalles de Pessan : la présence de parcloses dont les appuis-main portent le même motif.

On trouve ainsi six motifs doublés, tous d’inspiration médiévale : cynocéphale tirant sur les commissures, lion dressé, chien, femme nue, moine priant, « acrobate ».

Compte-tenu de ce que nous savons et du fait qu’aucun ensemble de stalles resté intact ne dispose de doublons, nous serions en présence à Pessan de la réunion d’éléments les mieux conservés de deux ensembles de stalles distincts, quoique très proches.

L’hypothèse qui peut être formulée est donc que Pessan aurait pu profiter du retrait de l’ancien ensemble de stalles de Simorre pour rénover le sien. On aurait alors remplacé les éléments de Pessan les plus dégradés par les éléments de Simorre encore en état.

Tout ce que nous avons observé montre qu’il est maintenant difficile d’attribuer les stalles de Pessan à la Renaissance et que, si une part non négligeable de cet ensemble provient de Simorre,  elle provient de l’ensemble remplacé pour vétusté en 1490, confirmant une origine antérieure à la Renaissance.

Il reste à estimer plus précisément la période du Moyen Âge à laquelle ces deux ensembles si semblables auraient pu être commandés, et par qui ?

La similitude d’inspiration et de réalisation des deux ensembles ayant rendu possible leur réunion ultérieure, et ce que nous savons de l’histoire des deux abbayes vont nous aider à déterminer la période la plus favorable à leur fabrication.

Les conditions à remplir sont : une communauté dynamique, un édifice en cours d’aménagement ou d’embellissement, une période de calme relatif permettant la circulation des matières premières et des artisans, et enfin, des pères abbés influents.

Les chroniques ecclésiastiques du diocèse d’Auch et diverses sources historiques indiquent que l’ensemble de ces conditions va être remplie au début du XIVe siècle durant la période qui suit la reconstruction conduite à partir de 1252 à Pessan et 1292 à Simorre. Les travaux vont durer jusqu’à l’aube de la « guerre de Cent ans » car le comte d’Astarac ne s’intéresse plus à Pessan ni à Simorre mais à l’abbaye de Berdoues et à sa nouvelle capitale, Mirande. Il est de plus entré en conflit ouvert avec l’archevêque d’Auch. Dans le même temps, le choix architectural fait par Pessan, puis par Simorre, de reconstruire l’abbatiale dans le style gothique complique le travail. Toutefois, on observe au milieu du XIVe siècle, avant la guerre de Cent ans et les grandes épidémies, une période très favorable à Pessan et à Simorre. Il n’y en aura pas de semblable jusqu’à la Renaissance.

C’est en ce temps-là qu’un moine de Simorre, Raymond IV de Roffiac est élu père abbé de Pessan (1351-1356). Il fut prieur de Simorre en 1306 puis prieur de Sainte-Dode en 1327. « Il fit alors peindre une partie des voûtes et des murailles de l’église de Simorre, laquelle il fit agrandir au moyen d’une chapelle qu’il y fit en l’honneur de Sainte-Dode … et l’orna de meubles précieux pour le service divin ». Il va, à la fin de sa vie, également embellir l’abbaye de Pessan où il meurt en 1356.

L’abbaye de Pessan arrive à son apogée avec l’élection comme père-abbé de Philippe I de Crouilhy (1356 – 1359). Ce dernier occupe en même temps les fonctions de vicaire général de l’archevêque d’Auch Arnaud Aubert. L’archevêque aura besoin de ses talents, le fera élire abbé de Sorèze en 1360 et l’enverra le représenter au concile de Lavaur comme Grand Vicaire.

A son départ de l’abbaye de Pessan et de l’archevêché d’Auch, Philippe I de Crouilhy sera remplacé dans ses fonctions de vicaire général par Bertrand II de Roffiac, moine de Simorre qui sera plus-tard père-abbé de Simorre (1367-1406).

Toutes les conditions précitées sont donc remplies pour considérer le milieu du XIVe siècle comme la période la plus favorable à la construction d’un ensemble de stalles pour l’abbatiale : la communauté monastique est dynamique, conduite par des pères abbés influents, la construction du choeur est achevée et la circulation des biens et des personnes n’est pas encore entravée par les premiers événements de la « guerre de Cent ans ».   

Dès lors, l’ensemble des indications concordantes exposées ici, sous réserve des résultats que pourraient donner une datation des matériaux, permet raisonnablement de considérer que les stalles de Pessan datent du Moyen Âge.

A ce titre elles méritent une attention toute particulière car elles pourraient, en dépit de leur état, être du tout petit nombre de celles du XIVe siècle parvenues jusqu’à nous.

Elles seraient un ensemble constitué par la réunion à la Renaissance par Jean IV de La Rocan des éléments les mieux conservés de deux ensembles de stalles occupant à l’origine respectivement le choeur de l’abbatiale de Pessan et le choeur de l’abbatiale de Simorre.

Ces deux ensembles, réalisés aux environs de la moitié du XIVe siècle, pourraient ainsi être attribués à l’influence des Roffiac, famille d’origine périgourdine, très influente tant à Simorre qu’à Pessan./.

deux dragons cynocéphales se tenant par la queue
deux dragons cynocéphales se tenant par la queue
moine lisant
moine lisant